Au fil de la rivière Restigouche

Dernière mise à jour : 30 oct.

Texte : Charly Dupasquier (Charly . D)

Photos : @Charly.d.adventure & Tony Charest (merci de respecter les droits d'auteur, ces images ne sont pas libre de droit).




La rivière nous offre l'opportunité de nous déposer. De comprendre et réaliser que la vie va trop vite et qu'on a besoin de la nature. Que se laisser parfois porter par le courant est plus salvateur que de se battre contre. Lire le chemin de l'eau dans un rapide et contrôler sa trajectoire en suivant le flow ... C'est un des plus grands enseignements de vie que j'ai pu apprendre lors de ces 3 jours de micro-expédition sur la rivière Restigouche, dans la vallée de la Matapédia. Un parcours de 91 km, sur un débit moyen de 0,702 m3/s à cette époque de l'année, avec eaux vives et quelques rapides de classes R1, R2 et R3. Le plan initial de l'expédition était de 5 jours de canot, comprenant la descente de la rivière Kedgwick puis de la Restigouche. La faible hauteur d'eau cet automne 2022, a rendu impossible la descente de la rivière Kedgwick.


“Le temps file, l'eau qui court à même son lit n'attend pas. Alors comment les poissons pourraient-il dormir dans le lit de la rivière si elle ne se calmait pas de temps en temps ? Ici, maintenant, entre deux méandres qui attendent.” (Charly D.).

Jour 1 : 24 km de canot - bivouac 1 camp Three Sisters


10h21. Le canot gît sur les galets au bord de la rivière Restigouche. Notre demeure pour les 3 ou 4 prochains jours. Après avoir campé chez des amis à Nature Aventure, loué un de leur canot et leur service de transport pour nous monter au point de départ de notre micro aventure. Nous quittons notre chauffeur au camp de pêche Restigouche, après 1h15 de route et de belles discussions. Nous regardons notre canot et tout notre équipement qui n'attend qu'à être installé. Une immense pensée d'amitié profonde nous envahie alors que nous pensons à notre couple d'amis.es, Pat et Isa, qui devaient faire cette descente avec nous, bloqués par un empêchement important.

Les barils et les sacs bien fixés dans le fond du canot, nous rencontrons pour la première fois les flots de cette rivière dont la réputation est déjà établie. Son eau limpide, bien que basse à ce temps-ci de l'année, nous laisse apprécier le spectacle des saumons qui dansent sous notre canot. Au dessus de nos têtes, le bal continue avec les pygargues à tête blanche.


Cette première journée fût rythmée par un soleil radieux et un peu d'eaux vives facilement franchissables. Parfois, les fosses profondes aux falaises abruptes nous invitent à un plongeon délicieux. C'est magnifique. Une de ces fosses attire particulièrement mon attention. Adepte de la méthode Wim Hoff, c'est ici, que nous allons plonger nos corps dans cette eau froide automnale, dans un état quasi méditatif. La morsure du froid s'estompe rapidement pour laisser place à une invasion de sérotonine. La berge rocheuse qui pénètre dans la rivière est aussi puissante que le courant dans lequel je peine à nager. La lumière du soleil baissant rend le paysage encore plus éblouissant de beauté. Mon amoureux me rejoint dans l'eau. « Ça pince ! » Me dit-il. Mais quel bien-être ! Un véritable retour aux sources. La sérénité s'installe véritablement.

Quelques mètres plus loin, deux cabanes décrépies se dressent. C'est le camp Three sisters. Il est bientôt 17h00. Nous décidons alors de camper ici, aux abords de cette fosse aux merveilles où trônent les aulnes et les cornouillers. Pendant que j'installe le campement, mon amoureux dispose notre équipement sur les roches et ramasse le bois de grève pour le feu de camp qui nous réchauffera ce soir. Y a de la mouche icitte ! Faut que ça boucane !


Demain à l'aube, j'espère avoir une rencontre avec le roi de ces bois. L'orignal viendra-t-il nous saluer au bord de l'eau ?



Jour 2 : 30 km de canot - bivouac 2 : camp Two Brooks


Cette nuit, des bruits de pas lourds et épeurant nous tirent de notre sommeil. Avant de vivre un véritable enchantement, c'est la frayeur qui nous tient lorsque mon amoureux me réveille à 3h00 du matin, sa machette à la main. Mon cœur s'accélère. À deux mètres de la tente, des grognements, des pas résonnants sur les pierres du petit ruisseau qui coule juste à côté. Trop gros pour un chevreuil. Et ces râles ... Un ours ?

Les pas se font plus lourds encore et descendent vers la rivière. Tony décide d'ouvrir légèrement la porte de la tente. J'imagine déjà le museau d'un ours s'y engouffrer !!! Mais notre stress tombe lorsque des bruits de sabots sur les galets se font très clairs. Nous sortons la tête de la tente et l'instant se sublime instantanément. Un énorme boque entre dans la rivière à une centaine de mètres devant nous et fend l'eau de son corps massif, des bois gros comme des montagnes. Il est là, le mâle orignal, dans la pénombre, sous la clarté de la pleine lune nous permettant d'apprécier pleinement cette rencontre inusitée. Nous le suivons d'un regard rempli d'émotions, jusqu'à ce qu'il repère notre présence et s'enfonce dans la forêt alluviale grimpant la berge abrupte sans aucune difficulté. C'est encore plus beau qu'un songe. Un rêve éveillé.



Au petit matin, la brume nous enveloppe dans un manteau féerique. Préparer son petit déjeuner dans ce voile laiteux, au bord de cette rivière qui la veille accueillait nos songes mêlés à celui de l'orignal, est un instant magique. Prendre un café en tête à tête avec son amoureux, en se racontant la folle rencontre nocturne que nous venions de vivre cette nuit même. En se disant avec un sourire paisible, combien nous sommes chanceux de se donner l'opportunité de vivre ses aventures dont nous sommes en partie les artisans...


“La douceur des lieux et la grandeur du moment explosent devant nous, reléguant le stress du quotidien .” (Tony Charest)

Nous regrimpons dans notre canot pour un 30 km jusqu'à notre prochain bivouac. La beauté du paysage vallonné est saisissante. S'enchaine quelques R1 relativement faciles avec une bonne lecture du courant et un petit R2 rendu plus aisé par le faible débit. Un petit arrêt ''baignade et douche naturelle'' s'impose en milieu de journée. La chaleur se fait accablante pour ce mois de septembre et nous fait bouillir par en dedans. Je m'assois dans le lit de la rivière et mon esprit se met naturellement à méditer en pleine conscience, ma carcasse en simple costume d'Eve, enveloppée par le courant.


Sérénité déconcertante... En pleine nature sauvage nous sommes dans notre élément.

Quelques pygargues se juchent dans les arbres et surveillent notre trajectoire. Quelques kilomètres de plus cette journée nous mènent au campement Two Brooks. C'est un site bien aménagé, un de ceux qui sont accessibles par un chemin carrossable. Nul besoin de chercher du bois pour le feu, un tas bien rempli nous y attend. Les cendres des campeurs de la veille sont encore fumantes. À notre arrivée, une famille se baigne et repart peu de temps après.


Le feu crépite. La bonne odeur du riz aux légumes nous ouvre l'appétit. La grande plage de galet accueille encore une fois notre joyeux bordel de canoteurs.euses. Deux chums arrivent alors par le chemin de la plage située à une centaine de pieds, pour pêcher. Après une heure infructueuse, ils décident de repartir. Ils ont eu l'idée brillante de descendre leur pick-up tout en bas du chemin pentu quelques peu chaotique. Méchante belle idée Mecs ! Ça leur a pris un bon 30 minutes de crissement de pneus et d'accélération fumante pour réussir à sortir de là. Ce fut le seul moment en 3 jours où notre sérénité bienheureuse a été compromise. La qualité de l'air aussi !


Jour 3 : 40 km de canot - bivouac 3 : camp de base de Nature Aventure - Matapédia


Encore cette nuit, le majestueux orignal était présent, juste à côté de nous. À 23h28, nous sortons de la tente en espérant un deuxième rendez-vous avec notre hôte. Mais il se cache le petit malin. Seuls ses sabots sur les galets trahissent sa présence.


Au petit matin, la bonne odeur du feu de camp me réveille. Mon amoureux déjà debout, sirote un café les yeux perdus dans la rivière. Après un copieux petit déjeuner à base de gruau agrémenté de fruits séchés, nous rangeons le matériel et répartissons équitablement le poids dans notre canot, en vue des quelques rapides qui nous attendent ce matin. J'aime ces rituels et tâches quotidiennes d'une vie d'expédition et de bivouac. En général, cela prend trois jours pour que nos corps et nos esprits ne fassent vraiment qu'un avec la nature sauvage, le manque de confort et l'exercice physique. Ce dernier devient coutume, les muscles se sont habitués aux mouvements et les douleurs s'estompent. L'esprit s'apaise enfin pour dormir vraiment la nuit, bien que l'instinct de survie reste en éveil. Je dis toujours que c'est à partir de la troisième journée, qu'on se sent bien en longue expédition d'autonomie.


“À chaque pas, un peu de moi se mêle à la Terre. À chaque pas, la Terre me donne un peu d'elle. Aucun pas n'est vain, tout a un sens.'' (Sarah Marquis). ... Sur la rivière, c'est la même essence. Le même mélange. Chaque coup de pagaie a un sens. (Charly . D)

Nous repartons sur notre embarcation sans plan fixe pour notre troisième bivouac. On glisse sur l'eau et nous verrons bien. Parcourir 25 km ? S'élancer jusqu'au point final sur 40 km de pagaie ? Au final, il faut se laisser une part d'imprévus au milieu de la planification sécuritaire. C'est cela la magie de l'aventure lente. Se laisser surprendre. Suivre son flow.


Les falaises et gorges somptueuses défilent et les kilomètres continuent de s'enchaîner. Les R1 se passent facilement. Nous rencontrons deux rapides R2 - R3, qui de prime abords, m'ont autant excitée que rendue nerveuse. Mais une fois dans l'action, la facilité d'exécution et la complicité de mouvements que j'ai avec mon amoureux, me déconcerte et me ravie à la fois. Les vagues nous détrempent. J'ai envie de crier à la rivière « Donne-moi en encore !!! ». Avec ce débit, les R3 sont beaucoup moins impressionnants et se transforment en gros R2 qui, avec un peu de technique, se traversent bien même avec un canot chargé d'équipement.


Si vous décidez de vous engager dans cette descente, pensez à bien étudier les cartes, à surveiller le débit d'eau et les prévisions météo avant de partir. Une fois vers les rapides, arrêtez-vous un peu avant ces derniers sur la berge la plus adéquate. Aller voir à pied à quoi ils ressemblent, où sont les dangers et surtout, étudiez la bonne ligne à prendre. Discutez avec votre partenaire des bonnes techniques de pagaie à utiliser pour les traverser et si vous vous rendez-compte que vous ne n'êtes pas à l'aise, portagez votre canot pour éviter le rapide ou traversez le canot à la corde depuis la berge. Zéro orgueil lorsqu'il s'agit de sécurité et de votre vie !


Vers 13h00, nous sommes déjà rendus à un des bivouacs possibles. Nous pagayons à un rythme de 7km/h et pourtant, nous n'avons pas la sensation d'être des énervés de la pagaie ! Nous décidons donc de continuer et de parcourir l'intégralité des 40 km jusqu'au point final de notre expédition, à la confluence de la rivière Matapédia. À partir de ce point, la rivière se transforme, s'élargie dans sa logique naturelle. Cependant, l'urbanisation refait surface et ma quiétude sauvage à tendance à s'échapper. Le défrichage de la forêt alluviale et les murs de soutènement aussi deviennent de plus en plus apparents. Comme à chaque fin d'expédition, les petites comme les grandes, j'ai le goût de rebrousser chemin. De retourner me terrer dans la nature sauvage et retarder le retour à l'hommerie du 21e siècle.


À la fin du périple, pour rejoindre le point de sortie, les eaux de la Restigouche qui se mêlent à celle de la Matapédia sont si basses, que pousser le canot sur les roches devient inévitable. Nous appelons Geneviève, la propriétaire de Nature Aventure, pour bénéficier d'un lift, avec une journée d'avance. Quelle merveilleuse micro-aventure, partagée avec le meilleur des partenaires.


Se retrouver en plein nature à vivre en pleine conscience, en adéquation avec l'environnement naturel, est une expérience enrichissante aux souvenirs indélébiles. Être présent à soi et à la nature, en toute sincérité, est une connexion qui manque cruellement à notre vie citadine. Cette coupure avec notre environnement naturel qui a amené l'être humain au déficit nature, est un enjeu crucial de notre époque selon moi. Tout comme le réchauffement climatique qui tarit de plus en plus l'eau des rivières. Je souhaite que nous retrouvions cette connexion. Elle est source de bien-être, de santé physique et mentale, mais surtout d'un avenir durable et sain pour nous et les générations futures. Pour protéger les ressources naturelles qui nous sont vitales et par la même occasion les êtres vivants dont l'humain que nous sommes, il faut aimer et donc connaitre. Et pour connaitre, il faut en faire l'expérience, rencontrer, s'immerger, reconnecter. C'est la leçon d'humilité bienveillante que nous donne la rivière Restigouche.



Procurez-vous les cartes sur ce lien : Cartes de la riviere Kedgwick et Rivière Restigouche

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